Attirer des médecins à Ploërmel : sortir des fausses solutions
- 10 janv.
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Dernière mise à jour : 12 janv.
À Ploërmel, l’accès aux soins est devenu une préoccupation majeure pour les habitants. Le départ récent de deux médecins a accéléré une situation déjà fragile. Face à cette urgence, la municipalité mise sur un projet de maison médicale privée. Une réponse qui rassure en apparence, mais qui passe à côté des véritables enjeux médicaux, humains et sociétaux.

Quand l’immobilier remplace la vision médicale
La création d’une maison médicale portée par un promoteur privé peut donner l’illusion de l’action. Pourtant, cette approche repose avant tout sur une logique immobilière. Un promoteur doit rentabiliser son investissement, ce qui se traduit mécaniquement par des loyers élevés. Or, ces conditions sont peu compatibles avec les attentes des jeunes médecins et des praticiens souhaitant s’installer durablement. Le constat est sans appel : aucun médecin ne s’est porté candidat. Ce n’est ni un hasard, ni un manque d’attractivité du territoire, mais l’échec d’un modèle inadapté. Le problème n’est pas le manque de murs, mais l’absence d’un projet médical cohérent, pensé pour les professionnels et les habitants.
L’avis de Christophe Launay : une profession en mutation profonde
La médecine de ville a profondément changé. La féminisation croissante de la profession entraîne plus fréquemment des temps partiels, des carrières évolutives et une recherche assumée d’équilibre entre vie professionnelle et personnelle. Les médecins d’aujourd’hui refusent l’isolement, les charges administratives excessives et les journées sans fin. Ils recherchent un exercice collectif, coordonné, sécurisé, avec une vraie liberté d’organisation. Continuer à proposer des modèles dépassés, fondés sur l’exercice solitaire et la rentabilité immobilière, revient à ignorer volontairement ces évolutions majeures.
Aller chercher les médecins, et leur donner envie
Aujourd’hui, les médecins ne viennent plus spontanément : il faut aller les chercher. Cela suppose de nouer des liens avec les étudiants, les internes et les jeunes praticiens, dès leurs années de formation. Il faut les inviter, les accueillir, leur faire découvrir le territoire, mais surtout leur poser une question simple : qu’est-ce qui pourrait déterminer votre choix d’installation ? Les réponses sont connues : des locaux médicaux accessibles à loyers maîtrisés, une organisation collective avec secrétariat mutualisé, une coordination réelle avec les infirmiers, kinésithérapeutes, l’hôpital, les EHPAD et l’ensemble des acteurs du territoire. À cela s’ajoute un accompagnement global : logement, emploi du conjoint, écoles, crèches, sport, culture, vie associative. Attirer un médecin, c’est aussi accueillir une famille.
Agir maintenant pour une santé publique durable
L’exemple du Faouët est éclairant. Cette commune a fait le choix d’un équipement public conçu avec les professionnels de santé : une maison de santé pluridisciplinaire de 800 m², des loyers maîtrisés permettant de financer l’emprunt et l’entretien, et surtout des installations durables. La leçon est claire : les médecins n’ont pas besoin de bâtiments coûteux, mais de bonnes conditions de travail et de vie. La santé ne peut pas être pensée comme une opération immobilière. Elle doit être considérée comme un service public de proximité. À l’approche des échéances municipales, il est temps de sortir des solutions vitrines et de construire, pour Ploërmel, une stratégie ambitieuse, humaine et réaliste au service des habitants et des soignants.
« Attirer des médecins, ce n’est pas construire des murs, c’est construire de la confiance. »




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